La plume et les mots du Gabon

sociolinguistique, discours, littérature, arts

31 octobre, 2007

Où et comment vivre au Gabon?

Classé dans : points de vue de gabonais — azokhwaunblogfr @ 9:50

 Les crocodiles vus par une femme, une mère, une soeur, un agent économique: Stogo Scholastique

Je ne suis pas très lecture, mais j’ai vu à la télé Ludovic OBIANG parler du titre auquel tu fais allusion.

La réflexion que tu as menée est profonde et pourrait certainement inspirer plus d’un et, par conséquent une kyrielle de romans.

Effectivement,… ils sont nombreux (pour le seul cas de notre pays que je connaisse) qui pensent que la bonne vie est celle que l’on mène en Occident. Le plus souvent nombreux sont ceux qui s’y établissent après un séjour estudiantin sans avoir au préalable étudié le pour ou le contre d’une telle décision.
Vivre coûte que coûte en Europe, en Amérique ou en Asie avec  ce que cela comporte comme exigences (documentation de séjour en règle, humiliations, racisme, misère,…et même prostitution pour le genre féminin), pourvu que ses parents  ( restés en terre d’origine)  se vantent au pays d’avoir soit un enfant, soit un frère au « boul » ( en Occident).
Je ne suis pas encore sortie du pays, mais à entendre certains échos, la réalité est parfois très dure pour beaucoup d »immigrés », puisqu’il y en a qui choisissent d’y rester en dépit de plusieurs aléas.

En revanche, il y en a qui mûrissent la réflexion avant de décider de vivre loin du pays (bien sûr après avoir fait plusieurs calculs).J’ai par exemple appris que les allocations familiales en France constituent une grande source de revenus pour les familles, ce à quoi s’accrochent beaucoup de nos frères africains. 
Dans d’autres cas, ce sont les enfants issus de milieux aisés qui préfèrent vivre à l’étranger pour fuir la vie dure et compliquée existence, vécue au pays et dont leurs protecteurs respectifs (qui demeurent les privilégiés impunis d’un système qui engraisse une petite minorité au détriment de la majorité qui piaille de faim, de soif, de maladie, mais aussi des conditions de vie exécrables) auraient même été les artisans proches ou éloignés.

Pendant ce temps, nous qui avons grandi au pain et au sucre et qui nous plions en quatre chaque jour pour améliorer un tant soit peu le quotidien de notre progéniture, regardons impuissants, en direct à la télévision, les émissions où les enfants et autres petits fils de mamadou ( homme riche) , distribuent des liasses   d’argent en espèces ou  des paquets cadeaux en chèques géants.

Effectivement, …à un âge certain, la vie rose et douillette menée en Europe ou dans un coin du monde loin de notre pauvre Afrique se transforme en regrets ou en … remords.
Chacun pense finalement à revenir là où il reste convaincu que le jour de sa mort, sa bière sera entourée par ceux qui l’on vu naître et grandir (même s’ils n’ont aucune idée de la manière dont il a mené sa vie).

Je suis sûre que la question du logis est celle qui taraude l’esprit après celle de revenir au bled, mais ils sont aussi convaincus que la joie des parents de voir revenir leur rejeton au bercail leur assure déjà une place quelque part (le plus souvent au domicile familial – tant pis pour les conditions de vie surtout pour celui qui aura choisi de partager sa vie avec une « femme blanche »).
Le plus souvent, c’est à ce moment précis que chacun s’aperçoit que tout  l’argent dépensé dans les casinos et autres coins de plaisirs divers aurait pu servir à se bâtir une case au pays.

Malheureusement, pour les moins futés et les mal encadrés ( les nationaux ), c’est au crépuscule de notre vie que nous réalisons que la vie est tellement belle que l’on n’a pas vu passer les années. Alors, on plonge dans un questionnement qui va désormais hanter notre esprit :
Qu’est-ce que j’ai fait de ma vie ?
Où est-ce que l’on va me pleurer ?
Que vont devenir mes enfants quand je ne serai plus là ?
Est-ce que de mon vivant mes rapports avec mes frères et sœurs ont été empreints d’amour pour espérer qu’ils s’occupent convenablement de mes enfants quand le Tout-puissant m’aura rappelé à lui ?

Le comble c’est que, c’est précisément à ce moment que l’on réalise que l’on ne peut ni ramener en notre faveur le temps qui s’est écoulé ni rattraper ce que l’on n’a pas pu faire.

A ce moment aussi, il naît en ceux-là, non seulement, un sentiment d’infériorité vis-à-vis de ceux qui ont entrepris plus tôt d’assurer leur vie sur terre et l’avenir de leurs enfants, mais surtout il y en a qui ont le toupet de trouver des boucs émissaires pour justifier  l’échec de leur vie.

Fort heureusement que la partie qui précède ne concerne pas que les candidats à l’immigration réfléchie ou non réfléchie.

Au pays aussi, l’on connaît des exemples de compatriotes qui même après de brillantes études qui, par la suite leur confèrent un statut social envieux, se retrouvent à l’âge de la retraite sans abri.  Etonnant n’est-ce pas?

 Ayant choisit d’habiter toute sa vie dans une concession clôturée, alors qu’il n’a pas pu s’en bâtir une, il n’aura réussi qu’à faire compter – à son entourage – le nombre de cylindrées dernier cri dans lesquelles il a souvent arboré dans l’espace arrière de la voiture un costume de tissu  super 200y100 dont le type du mapan ( bidonville) ne sait distinguer si c’est le super 100 ou le super 1000.

Enfin……………………… qui sont les crocodiles ?  JE NE SAIS PAS.
Ce que je sais, c’est que la vie est une pieuvre à plusieurs tentacules. Si tu utilises celle qui est puissante, tu pourrais saisir la proie, la bonne proie, l’utiliser à bon escient et en sortir ravi.

LA VIE EST TELLEMENT COURTE ET PLEINE DE PIEGES QUE, SI L’ON NE S’Y PREND PAS BIEN ET A TEMPS, L’ON FINIT AU BOUT DU TUNNEL AVANT MEME D’AVOIR RENDU SON SOUFFLE A DIEU.

5 réponses à “Où et comment vivre au Gabon?”

  1. Isis dit :

    « Un adage africain dit que quiconque dort sur la natte d’autrui doit se considérer comme dormant à terre » (Joseph Ki-Zerbo)

    L’exil, ce n’est pas évident tous les jours.
    Il faut chaque fois justifier sa présence dans la terre d’autrui.
    La distance ajoute à l’idéalisation du pays.
    Mais souvent, prendre la décision du retour définitif n’est pas choses facile.
    15 ans d’exil, retour au pays, heureuse et établie.
    Je cherche toujours les immenses bibliothèques dans lesquelles je m’enfermai des heures et me croyais au paradis.
    Je suis chez moi. Mais seule la couleur de ma peau et la langue que je parle me rappellent que je suis autochtone.
    Je m’accroche aux souvenirs d’enfance car eux seuls arrivent à me convaincre que j’ai fait le bon choix.

  2. Je m’accorde avec votre pensée et je sais que le fait de devoir se justifier de ce que l’on fait en terre étrangère est une véritable torture. il faut le dire clairement,  »l’exil tue ». Des compatriotes affirment souvent à gorges déployées que la belle vie se trouve dans les pays eneigés. Mais ce qu’ils oublient et ignorent c’est que dans ces pays là, le plus grande nombre considère l’immigration comme un fléau qui participe à la détérioration de leurs conditions d’existence. Rien ne le prouve. Mais à chaque fois que cela est possible, on n’hésite pas à te le signifier d’une manière ou d’une autre. C’est pourquoi, il serait bien de créer les bonnes conditions d’existence chez soi. Mais comment? Je n’ai aucune réponse.

    Oui des lieux de retraites personnelles comme les bibliothèques n’existent quasiment pas dans mon pays. Je déplore le manque de structure capable de favoriser la reflexion, d’emoustiller l’imaginaire, conduire à l’évasion sans risque d’être déranger.

    Oui, on finit par s’ennuyer dans un univers où il est impossible de se retrouver avec soi-même. Cependant, on ne peut pas nier le fait que l’on soit chez soi et certain de ne pas souffrir d’un comportement « raciste ». Je reste convaincu que vous avez pris la bonne décision. L’univers de l’enfance est le seul à nous renvoyer une sincérité, une certaine pureté face à la désintégration des rapports sociaux . Pour ma part, la paresse, le laxisme, le manque de goût pour le travail bien fait est responsable de cette situation.

    Il faut le dire sans avoir à rougir: Pourquoi les gens ne se prennent pas en charge eux mêmes? Pourquoi cette flambée de l’esprit de facilité? Elle gangrène et empoisonne la vie des autres.

    Pour ma part,la construction de lieu de retrait, de lecture, propice à la découverte est quelque chose de très important. Je reflechi cur le comment faire, mais je n’ai pas encoretrouvé de réponse. Et je comprends cruellement que vous en manquiez. Moi aussi j’en souffre lorsque je suis sur place. En revanche, je dois rentrer chez moi, c’est sur. Je sais que ce qui m’attend n’est pas des plus rose. Mais j’essaierai comme les autres à m’accommoder. Je ne veux pas larmoyer, , je ne veux pas être un crocodile, je ne veux pas pleurer pour de vrai dans quelques années.

  3. ONC dit :

    Les crocodiles.

    je reste ébahie par ce que je viens de lire.

    Sincèrement moi dans mon Gabon natal où tout le monde crie à la merde, je ne pouvais pas imaginer qu’un réel malaise existe chez les partis vers d’autres cieux plus propices et surtout plus développés. Si tu l’exprimes, toi qui est restée longtemps là-bas c’est que c’est une réalité. Vraiment mais pourquoi ne reviennent-ils pas chez eux ? notre pays n’est pas aussi mal paumé que cela. Regarde tous les ouest africains entreprenants qui trouvent des milliards à ramasser à la pelle au Gabon et sans oublier les européens et les asiatiques ! il suffit de quelques bonnes résolutions et faire travailler les bras et les meninges et on s’en sort. Nos villages sont désertés malgré l’effort du conseil de département pour construire les écoles, infirmeries et habitations de directeurs d’école et d’infirmiers mais personne ne veut y rester même si on souffre en ville, on préfère rester chez les frères et squatter et alourdir les charges des autres.

    Il y a tant à gagner au Gabon pour ceux qui savent chercher l’argent, notre poisson dans l’eau ce sont les étrangers qui le finissent pour nous le revendre à 2000frs le kilo, la feraille qu’il y a par terre, ce sont encore eux qui le RAMASSE CADEAU pour l’envoyer traiter ailleurs et nous le revendre très cher… il y a tant à faire et nous enrichir mais nous sommes trop paresseux.

    Vraiment je ne pouvais pas imaginer que rester chez les blancos se payait aussi chers. Il vaut mieux être comme les ouest africians qui immigrent au sud pour ne pas être trop dépaysés mais ceux-là construisent d’abord chez eux et même des ponts, des routes pour le bien public même s’ils se sacrifient à l’extérieur…

    Eh oui, l’orgueil et la fuite en avant ne servent qu’aux imbéciles, une bonne prise de conscience et un bon CELA SUFFIT peut changer beaucoup de choses mais malheureusement on se contente de verser des larmes de crocodiles.

    Je souhaite une bonne continuation [ à ce blog] mais faites gaffe, on connais le nègre, il n’aime pas qu’on lui crache la vérité, (…).Donc s’il ne veut pas comprendre, chacun paie pour ses actes et ses erreurs.

    ONC

  4. Eric Joël BEKALE dit :

    J’ai le livre, mais je ne l’ai pas encore lu. Toutefois, pour verser un peu de ma salive au débat, je dirais, qu’en effet, « On n’est jamais mieux que chez soi! ». Mais, pour quoi certains étudiants, à l’issue de leur cursus de formation en occident, choisissent-ils de rester dans un pays où ils seront sous employés plutôt que de rentrer et peut-être connaître la réussite? Je crois que pour nombre d’entre eux, c’est la peur. La peur de perdre leur indépendance, leur liberté. La peur de galérer, du chomage, de prendre le clando ou de vivre chez leurs parents, dans une chambre à quatre, dans un quartier qui s’inonde. Habitués à une certaine aisance, à des facilités, même si on pense toujours galérer en Europe, cette souffrance sera toujours moindre que celle rencontrée au pays.

    Aussi, à ceux-là, je dis,come le Pape Jean Paul le Deuxième: « N’ayez pas peur! ». La sagesse Fang dit que: »Le bonheur se trouve derrière les souffrances! ». Le pays a besoin de ces intelligences. Tout est possible, tout est réalisable. « N’ayez pas peur! ». Rentrez!

  5. Annie charnet mpenga dit :

    Je m’accorde avec votre pensée et je sais que le fait de devoir se justifier de ce que l’on fait en terre étrangère est une véritable torture. Il faut le dire clairement, »l’exil tue ». Des compatriotes affirment souvent à gorges déployées que la belle vie se trouve dans les pays enneigés. Mais ce qu’ils oublient et ignorent c’est que dans ces pays là, le plus grand nombre considère l’immigration comme un fléau qui participe à la détérioration de leurs conditions d’existence. Rien ne le prouve. Mais à chaque fois que cela est possible, on n’hésite pas à ‘’ te’’ le signifier d’une manière ou d’une autre. C’est pourquoi, il serait bien de créer les bonnes conditions d’existence chez soi. Mais comment? Je n’ai aucune réponse absolue.
    Oui des lieux de retraites personnelles comme les bibliothèques n’existent quasiment pas dans mon pays. Je déplore le manque de structure capable de favoriser la réflexion, d’émoustiller l’imaginaire, conduire à l’évasion sans risque d’être déranger.
    Oui, on finit par s’ennuyer dans un univers où il est impossible de se retrouver avec soi-même. Cependant, on ne peut pas nier le fait que l’on soit chez soi et certain de ne pas souffrir d’un comportement « raciste ». Je reste convaincu que vous avez pris la bonne décision.
    L’univers de l’enfance est le seul à nous renvoyer une sincérité, une certaine pureté face à la désintégration des rapports sociaux. Pour ma part, la paresse, le laxisme, le manque de goût pour le travail bien fait est responsable de cette situation de paupérisation des populations
    Il faut le dire sans avoir à rougir: Pourquoi les gens ne se prennent pas en charge eux mêmes? Pourquoi cette flambée de l’esprit de facilité? Elle gangrène et empoisonne la vie des autres.
    Pour ma part, la construction de lieu de retrait, de lecture, propice à la découverte est quelque chose de très important. Je réfléchis sur le comment faire, mais je n’ai pas encore trouvé de réponse. Et je comprends cruellement que vous en manquiez. Moi aussi j’en souffre lorsque je suis sur place. En revanche, je dois rentrer chez moi, c’est sur. Je sais que ce qui m’attend n’est pas rose. Mais j’essaierai comme les autres à m’accommoder. Je ne veux pas larmoyer. Je ne veux pas être un crocodile, je ne veux pas pleurer pour de vrai dans quelques années.

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