La plume et les mots du Gabon

sociolinguistique, discours, littérature, arts

29 juillet, 2008

Nicolas Mba Zué: Mitsim à la quête du byère paternel: une lecture sémiotique suivi d’un entretien avec Tsira Ndong Ndoutoume

Classé dans : critique et analyse — azokhwaunblogfr @ 12:09

mbazu.jpg 

Le byere (ou byeri) est le plus important rite initiatique fang, à côté des autres rites que sont le Kpwè, le Ndong Mbè et le Ngil (ou Nguii). Mitsim à la quête du byere paternel est un récit étiologique, qui raconte l’histoire de son origine. Récit mythique autant qu’initiatique, Mitsim semble codifier une pratique qui ne pouvait s’offrir que dans le rituel de l’initiation. La construction du savoir qui y est à l’œuvre se fait par étapes, ce que symbolise fort bien les différentes épreuves auxquelles est soumis le sujet Mitsim.

La grille de lecture choisie, la sémiotique, permet de mettre en exergue à la fois ce qui est manifeste et latent, conjoncturel et permanent, superficiel et profond dans ce texte issu d’une culture souvent mal connue, malgré la profusion de discours qui résultent moins de sa connaissance que de sa méconnaissance.

 Ce livre est paru en mars 2008. Il est publié par L’Harmattan.

Luc Ngowet:où sont les intellectuels gabonais ?

Classé dans : critique et analyse — azokhwaunblogfr @ 7:25

J.A. I L’INTELLIGENT N° 2112 ─ DU 3 AU 9 JUILLET 2001

Essai. Luc Ngowet énumère les freins et les blocages qui empêchent l’expression d’une création culturelle riche et variée. Un tableau sans concession par  JEAN-DOMINIQUE GESLIN

Les intellectuels gabonais existent-ils ?

Tel aurait pu être le titre de l’essai de Luc Ngowet. Mais le fait que cet ouvrage soit publié à Libreville par les éditions Raponda­Walker répond déjà partiellement à la question. Ce document confirme le rôle particulièrement actif que cette jeune maison,.créée en 1993 en mémoire du premier prêtre et évêque gabonais décédé vingt-cinq ans plus tôt, joue désormais dans le paysage culturel du pays. Alliant à la fois l’impertinence et l’érudition, elle poursuit sa tâche de vulgarisation dans des disciplines aussi diversifiées que la botanique, l’histoire, la linguistique, la littérature ou les sciences politiques. Résolument orientée vers la promotion de la culture gabonaise, elle propose d’ores et déjà plus d’une vingtaine de titres, y compris des oeuvres de fiction. Mais sa dernière parution n’a rien d’imaginaire.

En se fondant sur une observation attentive de la société gabonaise, l’auteur, un jeune journaliste né en 1977 à Port-Gentil, aborde sur un ton volontiers irrévérencieux ─ voire pamphlétaire ─ les Petites Misères et grands silences dont souffre la culture gabonaise et ses principaux vecteurs de diffusion. Luc Ngowet énumère au fil des pages les multiples freins, blocages et handicaps qui empêchent encore l’expression d’une création culturelle riche et variée. La société gabonaise, elle-même en mal de valeurs, ne favorise pas, il est vrai, cette création dont la renommée a encore bien du mal à franchir les frontières du pays. Mais Si les Gabonais eux-mêmes n’ont pas encore cette « culture de la culture », force est de constater que les médias et autres canaux de diffusion du savoir ne remplissent pas leur mission.

« Les librairies et bibliothèques de la capitale offrent une vision joyeusement apocalyptique.» Du côté de l’audiovisuel, l’offre n’est pas vraiment meilleure : «Les médias gabonais nous gavent de programmes indigestes. Pis, la télévision et la radio représentent de véritables instruments de propagande ─ ouverte ou dissimulée ─ et d’abrutissement. » Quant à la presse écrite, elle reste dominée par L’Union : «Certes, le journalisme de guérilla n’est pas et ne peut être la tasse de thé d’un quotidien gouvernemental. Mais vu son monopole et son influence, on aurait aimé qu’il joue un rôle plus important pour la promotion de la démocratie gabonaise.

« Les médias nous gavent de programmes indigestes. La télévision et la radio sont des instruments de propagande. »

Si la diffusion culturelle demeure laborieuse, la création elle-même n’est pas forcément d’une qualité suffisante pour intégrer le patrimoine national. Ainsi, Luc Ngowet n’hésite pas à se montrer très critique vis-à-vis de ses collègues écrivains : « Malgré des avancées formelles, les lettres gabonaises n’ont connu aucun bouleversement de fond », à l’instar des mutations dont ont bénéficié des domaines aussi variés que la musique ou les arts plastiques. Et Ngowet d’insister sur cette pénurie «Peut-être m’opposera-t-on que [Justine Mintsa] s’est fait publier récemment chez Gallimard. À y regarder de plus près, ce n’est pourtant pas un gage de prouesse littéraire. » Reste que si, de Ben Okri à Soyinka, le Nigeria peut aligner un nombre impressionnant de grandes plumes, sans doute le doit-il aussi à son vivier artistique. Cent vingt fois plus peuplé que le Gabon, il n’est pas anormal qu’il compte cent vingt fois plus d’artistes de renom.

Malgré sa taille, le pays ne peut que compter sur les siens. C’est pourquoi l’auteur appelle à une véritable mobilisation des intellectuels à l’instar de ceux qui, à Ouaga, Cotonou ou Yaoundé, n’hésitent pas à jouer un rôle citoyen. « L’élite, après des lustres de pratiques assidues de la langue de bois, de silences, de compromissions ou d’attitudes velléitaires, paraît peu à peu sortir de sa torpeur. Bravo. On ne peut que s’en féliciter. Car ses responsabilités sont immenses [...] : éduquer, informer, prévenir, aider à donner du sens, revaloriser et démocratiser la culture. À défaut, pour l’heure, d’une réelle culture de la démocratie. »

Pour brosser ce tableau sans concession de la culture de son pays, Luc Ngowet ne prend pas de gants. Quitte à se faire de nombreux ennemis. C’est aussi pour cela que la fondation Raponda Walker a choisi d’éditer son essai. Sans céder à la provocation gratuite, les ouvrages qu’elle publie donnent à lire un point de vue différent. Parfois même détonnant. Ainsi, dans un précédent ouvrage consacré à l’État au Gabon, le juriste Guy Rossatanga titillait ses concitoyens sur leur « gabonité », estimant que «le dernier des Gabonais se considère comme différent (en termes de supériorité) de tout autre Africain, du seul fait d’être né gabonais ». De quoi stimuler la réflexion de ses contemporains sans craindre de s’attirer leurs critiques. Ou même de susciter leur mécontentement. Et si c’était simplement cela, un intellectuel?

24 juillet, 2008

Trois questions à un écrivain par Edna Apinda:autour de Nza Mateki

Classé dans : critique et analyse — azokhwaunblogfr @ 8:37

Trois questions à un écrivain par Edna Apinda:autour de Nza Mateki dans critique et analyse doc portraitdenza.docnzamateki.jpg

Merci de cliquer sur le lien. Vous y trouverez non seulement les moteurs qui propulsent l’écriture de Nza Mateki, mais aussi sa vision du monde et ses conseils.

22 juillet, 2008

Libreville vue par Ludovic Obiang: un regard de Nziengui Ernest

Classé dans : critique et analyse — azokhwaunblogfr @ 12:28

Libreville vue par Ludovic Obiang: un regard de Nziengui Ernest dans critique et analyse doc ernestgauche.docludovic1.jpgludovic21.jpg

 Ernest Nziengui est un spécialiste du rythme en stylistique littéraire. Son étude sur la musicalité de Brassens est d’une originalité qui participe à l’élaboration du littéraire en tant que force des sons et receptacle de vibrations.

9 juillet, 2008

Réservoir antropologique et appartenance identitaire: Le bruit de l’héritage sous les yeux de Davy Serge Moussavou et Ernest Nziengui

Classé dans : critique et analyse — azokhwaunblogfr @ 10:46

ra3ktcos.jpglebruitdelhritage2.jpglebruitdelhritage.jpg 

27 juin, 2008

Nziengui Ernest spécialiste de la notion du rythme en littérature.

Classé dans : critique et analyse — azokhwaunblogfr @ 9:15

Nziengui Ernest spécialiste de la notion du rythme en littérature. dans critique et analyse doc ernestnzienguietuncollgue.doc 

 C’est avec la verve qu’on lui connait que cet enseignant de lettres spécialiste dans la rythmique et les  » ampoulements  » du mot dans la tangente du vers ou de la prose a pu donner libre cours à ses reflexions autour de Bruit de l’héritage.  Déjà en 1996, il s’étonnait du projet narratif de l’auteur de La vocation de dignité et se questionnait sans cesse: Pourquoi ce choix narratorial de faire cette héroïne un être presque parfaite alors qu’autour de nous violence, impolitesse, paresse et bien d’autres mots nous accable?

 Il faut se plonger avec grande rigueur sur les écrits de cet écrivain qui dit le Gabon en s’inspirant de  la ville de Muile et de  la  »parole ancestrale » qui dit pour se souvenir , qui crie pour alerter, qui coule pour véhiculer…

Oui, avec la trilogie de   » la calebasse » amorcée au milieu des années 1980, c’est toute une poétique qui se sourd, qui bourdonne et qui n’attends que l’éclosion d’yeux , de reflexion et d’imaginaire en quête du soi même

 Ernest Nziengui  cherche encore à percer certains mythes de la vie humaine comme la sensualité et les plaisirs nous donnera à lire sa reflexion autour des questions libidinales dans la littérature gabonaise. Nous publierons prochainement les résultats de ses recherches.

Annie Charnet Mpenga

24 juin, 2008

Essono, le petit bagarreur: écartez-vous, laissez les deux!

Classé dans : critique et analyse — azokhwaunblogfr @ 14:08

1213743223boxe.jpg Essono le petit bagarreur  de Eric  joèl Békalé

 Dépourvu d’autorité parentale,  abandonné par une mère  prostituée et qui mourra sans que son fils ne la connusse, Essono trouve satisfaction et «  complétude »  dans une vie  régentée par les normes de la ‘‘rue’’  où la bagarre est son faire-valoir. Il n’hésite pas à lever ses mains sur les autres et joue les gros bras dès qu’il en a l’occasion.

Fort de ses performances physiques, Essono  bastonne copieusement  Moubendjé  parce qu’il aurait tenté de lui faire du tort . Face à cet ‘ ‘arbitraire ’’violent et à son horrible attitude, les amis du bagarreur se désolidarisent de lui. Ils craignant le pire et sentent que les choses risquent de ‘‘tourner mal’’. Resté seul Essono ne pourra se défaire des griffes du grand frère de Moubendjé qui compte venger son  petit frère. Après une bastonnade bien méritée  Essono comprend qu’il y a plus fort que lui en la personne de Bengone… 

  Cette nouvelle soulève avec accuité la question de la violence en milieu scolaire, celle des  »caïds » dans une bande d’enfants organisés autour d’un  » gourou » qui se prend pour un  »supra-homme ».

L’hyperactivité que de nombreux spécialistes soulèvent pour évoquer ces questions d’hégénomie  »comportementale » soutenue par un  »public » qui se régalent de l’horrible, se délecte  de l’affrontement et du sang qui gicle en ces moments de combats où , dans une certaine forme d’insouciance généralisée, les  » spectateurs » crient et s’écrient  »  »laissez les deux »  ,  »personne ne sépare » comme pour préserver le plus longtemps possible l’éxtase qu’il tire de turpitudes physiques. Non, ceux qui s’affrontent veulent prouver leur compétence en même temps qu’il ignore leurs limites. D’éssoufflements en évanouissement en passant par la reception  et la distribution de coups d’une violence indiscibles , le pugilat se transforme en un combat qui appelle d’autres forces qui ne supportent pas le fait que l’un des leurs en soit copieusement embastillé.

Pour venger celui que l’on veut proteger, on a parfois recours à une force plus grande qui, si on  la possède pas , pousse des individus à quêter la supériorité par de biais d’autre  » subterfuges  » qui augurent le lugubre, le sombre, la mort.

 Cependant,  la  »bagarre » est souvent présentée comme une distraction dans la littérature gabonaise et les exemples en la matière  abondent ( cf, Et si les crocodiles pleuraient pour de vrai et particulièrement  »Le rêve en miettes » ). Cette tangente se  traduit par la perte de la notion de temporalité pour l’adepte des divertissements aussi violents et sans autre intéret pour les pugilistes que la  »gloire » et dans une certiane mesure la crainte qu’il suscite qui disons-le tout de suite se diferencie du respect qu’ils croient qu’on leur doit. Le héros de Le rêve en miettes »  en fait les frais au regard de ces propos narratoriaux : Ce jour là, à la sortie, une bagarre particulièrement  »chaude » avait eut lieu. Si bien que je n’avais pas vu le temps passer, trop occupé que j’étais à donner ma part de voix. Dans la chaleur de la mêlée, je n’avais pas remarqué que l’assistance se réduisait et que le soir était déjà bien avancé. ( p 115).

Partagez-vous ce point de vue selon lequel la bagarre est une distraction en milieu scolaire? Qui peut jurer ne s’être jamais battu? Comment expliquez-vous cet état de fait? Qu’en est-il de la bagarre en d’autres milieux ( bar, restaurant, stade, boite de nuit, meetig politique, etc).

3 juin, 2008

Autour de l’oeuvre de Rawiri: Pierre Fandio.

Classé dans : critique et analyse — azokhwaunblogfr @ 6:38

   L’œuvre  d’Angèle Rawiri  a le mérite d’être très étudiée et les travaux autour de ses publications méritent que l’on s’y arrête pour mieux comprendre le sens couvé par la mise en scène du matériaux sous la plume de cette romancière. Le professeur 

Pierre FANDIO  Spécialiste en Etudes Françaises et en Littérature Comparée  

Directeur du GRIAD, Université de Buea, Cameroun  Chercheur Associé au LASELDI, Université de Franche-Comté  

En séjour de recherche au LASELDI  Résidence Fourier; Bât. F1/106  

19, chemin de l’Epitaphe, 25000 Besançon  Tel: + 33 06 19 10 55 14 (Cell.)  

+33 03 81 66 54 59 (B.)   nous recommande vivement la lecture de ces deux articles 

- « Angèle Rawiri et Mariama Ba: une autre vérité de la femme » publié chez Dalhousie French Studies, revue canadienne.

- »Les carrefours d’Angèle Rawiri » publié dans les Cahiers du CERPANAC, université de Montpellier. 

Bonne lecture et merci de contacter nyyama@yahoo.fr pour toute information

26 mai, 2008

Brice Koumba levy s’interroge sur: Ecrire à quoi cela sert-il pour un peuple alliéné comme celui du Gabon?

Classé dans : critique et analyse — azokhwaunblogfr @ 16:49

La littérature gabonaise, à vouloir la considérer comme évidement du sens, devra passer par une remise en cause profonde et radicale de tous les discours d’aliénation et se frayer, à partir du vide, c’est-à-dire du chaos, un chemin qui sera le sien propre. Et pour cela elle devra se faire littérature de l’inconnu pour une reprise à zéro de l’histoire.    La littérature gabonaise est-elle prête à se faire littérature de l’aurore ? Lucien Goldmann dit qu’à travers un écrivain, c’est la société tout entière qui s’exprime et qui devient pour ainsi dire le véritable auteur de son œuvre. Une société aliénée, pacifiée, c’est-à-dire rendue pusillanime, une société rendue réceptrice à tous les abus, ayant perdu le sens des priorités, ramenée au bas degré de l’humanité en préférant se battre pour une cuisse de dindon ou encore pour un simple tee-shirt sinon une canette de bière, au lieu d’être attentive à un idéal de prospérité commune, une société qui à la place du redoutable et menaçant « plus jamais ça ! » Clame gaiement « on va encore faire comment… », une telle société est-elle capable d’inspirer une grande œuvre ?  Oui, à mon avis. La société gabonaise peut être productive d’une oeuvre qui dit le vide et le néant. Encore faudra t-il tout reconstruire puisqu’il n y a de route dans La Mouche et la glu. Puisqu’il n y a pas de bibliothèque universitaire digne de ce nom dans le Grands-croix, encore moins l’espoir de servir son pays une fois les diplômes acquis dans Le Savant inutile,  le désespoir de jouir de sa retraite dans Histoire d’Awu Les difficultés des intellectuels et des personnes capables de travailler pour la bonne du pays,  de le  regagner le pays dans Et si les crocodiles pleuraient pour de vrai, l’impossibilité de se soigner  à des frais raisonnables dans Sidonie,  La misère, la déscolarisation des jeunes, la prostitution, dans Les Matitis… qui signent en fait la suffocation, la néantisation, le chaos et partant la mort et le vide.  

  

ANALYSE PROSPECTIVE DE LA SITUATION TRAUMATIQUE DES NATIONS ANCIENNEMENT COLONISEES D’AFRIQUE NOIRE: LE CAS DE FAM

Classé dans : critique et analyse — azokhwaunblogfr @ 7:51

mbazookassa1.jpg Par Paul Armand NTOGUE

Si Chantal Magalie MBAZOO KASSA n’avait préféré la capacité du roman à « mobiliser sur la base du récit tous les moyens, rationnels et irrationnels, narratifs et méditatifs susceptibles d’éclairer l’être »[1] pour vider le contenu de son cœur débordant[2], elle aurait sans doute rédigé un essai de prospective politique analysant la situation traumatique des nations anciennement colonisées (d’Afrique noire ?) et indiquant la thérapeutique à appliquer en vue de les sortir de leur léthargie actuelle ; car c’est bien de cela que traite la deuxième œuvre de fiction de cette femme fortement marquée par les professions hiératiques- d’enseignante, qui modèle les esprits et de journaliste, herméneute de l’actualité- qu’elle a choisi d’exercer

POUR ENTRER DANS L’ŒUVRE : LECTURE METHODIQUE DE LA PREMIERE DE COUVERTURE

La projection dans l’à-venir, dans le non encore existant, mieux, l’incursion dans ce qui doit arriver apparaît bien dès le titre « FAM !» dont la modalité exclamative conjoint au sémantisme du mot (FAM=homme) dans la langue de l’auteur (le dialecte NTUMU du continuum linguistique FANG- BETI) peut se révéler riche de significations ; il pourrait ainsi manifester le regret, face à l’absence d’hommes, de vrais hommes ou d’hommes capables ; tout comme il pourrait exprimer un ardent et fervent désir de voir de tels hommes émerger pour induire une dissipation totale des épais nuages qui semblent restreindre l’éclat du soleil du bonheur et de l’épanouissement du commun des mortels. On comprend ainsi que la symbolique antithétique des nuages sombres et du soleil éclatants (tous symboles qui illustrent la première de couverture) préfigurent à n’en point douter le combat –éternel et manichéen ?-entre les forces du mal et celles du Bien dont l’oeuvre rend très probablement compte.

 AU FIL DE L’ŒUVRE

1. Résumé de l’intrigue et dynamique actantielle.

Le récit

FAM ! est le récit d’une quête…du pouvoir politique, pouvoir politique perçu comme inducteur d’épanouissement collectif. En effet, il s’agit du récit du parcours d’un cadre du nom de FAM Y ‘ELIK TARA[3] frais émoulu d’une université occidentale qui rentre dans son pays natal, SY, titulaire d’un doctorat en Sciences politiques en compagnie de son épouse, EWIMANE, elle-même docteur en psychologie. Leurs espoirs d’intégration sociale (surtout professionnelle) disparaîtront progressivement comme une peau de chagrin au contact des paradoxes et contrastes d’un pays véritable « paradis de l’absurde et de la contradiction », « cimetière des vouloirs » (p. 49). FAM butera sur ce que son grand frère, OZAN, appelle « les dures réalités de SY » et sera surtout confronté à l’illisibilité des critères de mobilité sociale ; « Je réalisai avec dégoût, confesse son amis NDONG, que de jeunes loups aux dents très longues mais à la tête bien vide se succédaient aux commandes des entreprises privées et publiques ainsi que de celles de l’administration centrale ; alors que moi, pourtant Docteur en Relations internationales, traînais quotidiennement mes savates dans les quartiers pourris de la capitale . »(p.31). N’eut été un concours de circonstances (la démission de sa femme du poste de secrétaire à la SNVM, Société Nationale des Vins de Mais, dépité par le harcèlement sexuel de son patron), l’entregent de son ami DIBALA (qui l’introduit à son corps défendant dans le cabinet du ministre de la communication) sans oublier le coup du sort (qui fera en sorte qu’il y soit nommé conseiller politique et succède plutard au titulaire du poste) ce citoyen ne serait jamais devenu « titulaire d’un numéro matricule à la fonction publique» (p.47).

Une fois à l’intérieur du système, FAM sera pris de « nausée » (p.48)du fait des « pratiques « budgétivores » , de « l’égoïsme des hommes politiques, toutes tendances confondues » (p.54) et à cause de l’intolérable largeur du fossé qui sépare les deux parties qui composent son SY natal ; d’une part « SY des riches, composé d’un petit noyau d’élus selon des critères occultes » et d’autre part « SY des pauvres, représentant la majorité populaire oubliée, méprisée et spoliée »(p.90). Constatant que son pays est sous le coup d’une « conspiration presque démoniaque » (p. 55), et répondant en quelque sorte à l’appel de la patrie, il lance un mouvement politique d’idéologie humaniste, anti- libérale et patriotique – le Front National de SY- qui le conduira au pouvoir. Il y parviendra non sans avoir échappé à une tentative d’assassinat politique (qui ramènera à sa conscience son réel potentiel mystique, son EVU), après avoir essuyé une première annulation de sa victoire à l’élection présidentielle et négocié secrètement avec le Grand Créateur, son bourreau d’hier.

L’histoire s’achève dans une ambiance à la fois de liesse populaire de célébration de la victoire du FNS sur « l’armée de la mort » (p.167), d’amnistie des pontes de l’ancien régime et sur les perspectives d’une vie joyeuse au sein du nouveau couple présidentiel (FAM / EWIMANE).

Ainsi, pour linéaire que cette intrigue paraisse, elle n’en est pas moins entrecoupé d’ analepses (sur l’ascendance d’EWIMANE ou sur le contexte de l’ingurgitation de l ’EVU par FAM respectivement aux pages 36 à 42 et 111 à 112) de digression (sur le contexte de rencontre et les conditions de séparation du couple NDONG des pages 25 à 30 ) de monologues intérieurs méditatifs ou lyriques et de débats polémiques sur un certain nombre d’actualités éternelles ( le patriotisme à la page 7, la pureté et la compromission aux pages 22 à 24, la féminité comme levier de promotion- réalisation sociale aux pages 62 à 66 , l’ évanescence de la beauté physique aux 69 et 70, l’égalité des sexes aux pages 80 à 87 ). Cette narration laisse aussi place de temps à autres aux réflexions portant sur des préoccupations localisées telles le communautarisme africain aux pages 18 à 19 et la gouvernance électorale sous nos latitudes à la page 49

 La dynamique actantielle

En dépit de ces interruptions dans la continuité de la narration, on convient aisément que nous sommes en présence du récit d’une quête réussie qui prend les allures d’une véritable révolution ; on passe ainsi de « l’Eldorado perdu qu’était SY » (p.131) sous le règne du Grand Créateur à l’ « Eldorado reconquis » (p. 168) au lendemain de sa chute. Le principal artisan de cette transmutation sociale n’est autre que le personnage principal, qui du coup apparaît comme un héros ; celui-ci s’est appuyé sur les acquis de sa formation universitaire de troisième cycle et a puisé dans les ressources multi- séculaires de l’ésotérisme constructif traditionnel de son terroir ; il a par ailleurs su conjoindre son patriotisme, son courage, sa détermination, son intégrité morale et son humanisme à la constante sollicitude de son épouse (tous facteurs qui constituent ses adjuvants) pour vaincre l’apathie généralisée qui semblait tétanisé une population de SY ravalée au rang de « Maboules heureux »[4] . Par la même occasion il a pu terrasser l’obscurantisme et l’anomie érigés en modes et finalités de gouvernement par le Grand Créateur et ses sbires (ensemble des opposants du héros). C’est par cet ultime effort qu’il a pu accéder à l’objet de sa quête qui était le pouvoir politique, estompant par le fait même les sentiments de compassion et l’impression de non assistance à peuple spolié et clochardisé (destinateurs de l’action du héros). Et la satisfaction de FAM- le héros n’est complète que dans la mesure où son accession au pouvoir revivifie le peuple, véritable destinataire de son action[5] .

[4][5]2. Le personnel du roman

On a pu le déduire de ce qui précède, le personnel de ce roman est certes diversifié, mais il gravite essentiellement autour de la paire FAM / EWIMANE. Une étude globale de l’ensemble de ces personnages, permet de les envisager en trois catégories.

Il y a d’abord les parents et collatéraux de ce couple ; ce sont OZAN, le grand frère et son épouse qui accueillent le couple à son retour d’Europe, ELATE l’oncle et chef de village auprès de qui FAM ira revigoré son bagage mystique et toute la panoplie de cousins, de tantes et d’oncles qu’il (re)découvre à cette occasion, MOYISSI, la belle- mère (décédée ? le texte est muet à ce sujet) dont le rôle déterminant dans le moulage de la personnalité d’ EWIMANE est ressorti, le père de la même EWIMANE dont on ne dit pas grand chose, ESSILA, la belle sœur pragmatique qui paie de sa vie ce pragmatisme. Il y a ensuite les amis parmi lesquels DIBALA, l’aiguillon sur le scène professionnelle et plutard collaborateur fidèle dans le FNS, NDONG l’ancien défenseur des causes nobles reconverti dans la luxure et la course à l’enrichissement personnel caractéristiques de l’élite syenne. Il y a enfin les acteurs politiques notamment BINGATE, le ministre de la communication et lointain parent du personnage principal qui coopte ce dernier dans son cabinet, le tout puissant Grand Créateur, fondateur du PDS, l’attirail des membres de son gouvernement et le conseiller DUPONT architecte secret de la transition en douceur entre le Grand Créateur et FAM. Mais ce n’est pas tant ce listing plus ou moins exhaustif des personnages qui intéresse, c’est surtout le constat selon lequel la plupart de ces personnages donnent à voir un aspect de la perception que l’auteur a du monde, de ce qu’il est ou de ce qu’il devrait être.

FAM, le Messie rêvé des nations nègres post- colonisées

Dans cette entreprise de dévoilement de ce qui peut apparaître comme les convictions de l’auteur, FAM se présente finalement comme un modèle social, le modèle du leader politique, véritable messie au sens de celui qu’attendaient le juifs au début de notre ère, un être qui serait venu les libérer de l’oppressante et avilissante colonisation romaine. Ne voit- on pas FAM, juste au lendemain de son arrivée à la magistrature suprême, prendre l’engagement sincère et solennel (en conseil des ministre) de « rompre avec un passé triste et honteux (…) pour une reconstruction d’un eldorado » (p. 168) ? Par cet engagement on le voit enfilant le vêtement d’un MOISE sortant le peuple de Dieu de l’esclavage égyptien pour le conduire vers la terre promise, CANAAN, rebaptisé pour la circonstance « eldorado »[6]. FAM est dès lors l’étalon de l’élite politique souhaitée pour les jeunes nations post- colonisées Africaines.
Le portrait qui découle de lui dans l’œuvre résume les qualités attendues des aspirants à la gestion de la chose publique et de la destinée collective. Ces qualités sont entre autre le patriotisme, cette relation particulière à sa terre ; ces phrases de la page 136 sont assez expressives à ce sujet : « c’était sa terre. Il était elle. ».

Il s’agit aussi de l’Humilité et de la disposition à servir on peut ainsi lire à la page 110 que FAM « se prenait pour l’infiniment petit prêt à se sacrifier pour une cause plus grande » sans doute le bien être de son peuple. Il y a par ailleurs la simplicité et le respect des règles, on voit par exemple ce personnage subissant l’incurie et le manque de conscience professionnelle d’une guichetière dans une banque sans se sentir le devoir de brandir sa carte de visite à la page 154. On note également l’humanisme lorsque le candidat FAM exposant sa profession de foi à l’occasion de l’élection présidentielle affirme : « une société conduite par des capitalistes purs et durs est vouée à la mort de l’homme. Or l’homme doit être placé au centre de toutes nos préoccupations » (p.105). Citons dans la même lancée l’intégrité que met en évidence l’attitude de FAM déclarant à la page 156 « je ne peux disposer de l’argent qui ne m’appartient pas » lorsqu’il découvre dans son compte bancaire, un virement visiblement destiné à acheter sa conscience. Nous n’oublierons pas l‘aptitude à rassembler quand le narrateur signale que pour FAM « les enfants de SY devaient se tenir comme les cinq doigts de la main. » et de questionner « Pourquoi vouloir, malgré le chagrin, couper un doigt malade s’il y a l’espoir de le guérir ? » (p. 171). Il y a naturellement la paire tolérance et rigueur que manifeste le traitement original que l’ équipe de FAM entend infligé aux dignitaires de l’ancien régime ; cette équipe exige de ceux- ci qu’ils « retroussent leurs manches. Ils n’auront pas, précise le nouveau chef de l’Etat, d’autre prison que celle de cultiver la terre (…) » leur « amnistie (…) est à ce prix » (p.168- 169). Et enfin, il y a les capacités intellectuelles (FAM est docteur en sciences politiques) et l’ancrage dans l’ésotérisme endogène ; il a « du ventre[7] » lit- on la page 112. Le personnage de FAM se conçoit dès lors en dernier ressort comme le tableau signalétique des critères définitoires des aspirants au leadership politique

P.A.N.Chef de Département de Français
Lycée MBELE / Libreville

[1] Milan KUNDERA, L’Art du roman, Paris, 2005 (réédition), p. 27.

[2] C’est la principale finalité qu’elle assigne à l’acte d’écriture dans l’épigraphe de l’œuvre prétexte de notre réflexion. Cf. p. 03

[3] L’intégralité de ce nom apparaît à la page 78

[4] Cette désignation définie apparaît 11 fois dans l’œuvre, comme un refrain, respectivement aux pages 16, 21, 22, 48, 49, 58, 66, 109, 129, 149 et170

[5] Point n’est besoin de rappeler ici que la notion de dynamique actantielle (avec les catégories de sujet- héros, d’objet, de destinataire, de destinateur, d’opposants et d’adjuvants) est due à Algirdas Julien GREIMAS, théoricien bien connu de tous ceux qui s’intéressent à la sémiotique narrative

[6] Canaan est un pays où coule le lait et le miel ; c’est la Bible (cf. le livre de JOSUE) qui en parle. Eldorado, pays imaginaire où l’on marcherait sur l’or, le diamant, le saphir et toutes les autres pierres précieuses a été décrit par VOLTAIRE dans Candide. Ces deux lieux ne sont sans doute que des allégories du paradis, cadre de vie envisagé comme dénué de toutes difficultés et empreint de bonheur, d’exaltation et de joie continuels

[7] Cette expression est un calque de la langue de l’auteur, elle évoque l’ EVU ;la croyance veut qu’il s’agisse d’une espèce d’oiselet avec lequel certains naissent ou que d’autre ingurgitent ; il est censé doter son porteur de moyens d’action et de potentialités surnaturels.

[8] Certains analystes éminents comme Charly Gabriel MBOCK dénient toute pertinence à ce concept ; arguant la prépondérance de la langue dans la classification d’une œuvre littéraire, ils soutiennent que la littérature africaine écrite en français ne peut être conçue comme étant africaine tout comme des littératures française d’expression anglaise ou russe d’expression portugaise sont inconcevables. Lire à ce sujet de cet auteur, Le Chant du Signe (Essai d’Anthropologie de l’orature), Presses Universitaires de la Nouvelle Orléans, Etats-Unis, 1999. Précisément le chap. XIII : « L’Africanité de la littérature africaine »

[9] Paris, Présence Africaine, 2001, 150 p.

 

12345
 

quelques mots parmi tant d'... |
MA PETITE FEE |
Sur une île un trésor |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Mona... lit ça!
| le blog de jeanluke et des NEQ
| Le jeux Lyrique